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Indépendant

Faire parler les silences de l’histoire

Il y a les non-dits, les silences assourdissants, les trous dans l’histoire familiale. Autant d’échos à la mémoire malmenée, enfouie, exhumée puis maquillée de l’histoire de la Russie et de son incarnation précédente sous les habits de l’Union soviétique. Des thèmes qui sont abordés avec finesse dans À voix haute, le deuxième roman de la traductrice et comédienne franco-russe Polina Panassenko (déjà lauréat du prix littéraire Le Monde, et toujours présent dans la sélection du prix Femina). Née à Moscou, mais arrivée en France avec ses parents à l’âge de 4 ans, la narratrice d’À voix haute nous raconte la façon dont elle a renoué avec la « mère patrie ». Une année, pour les vacances de Noël, au début de son adolescence, son père l’envoie passer deux semaines chez son grand-père, à Moscou. Puis, à 20 ans, rêvant de devenir comédienne, elle décide de retourner en Russie pour étudier au (fictif) Théâtre national de Moscou — une expérience qui lui donnera l’occasion de confronter ses fantasmes à la réalité.

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Visionner «NAZA», c’est agir

Il s’est dit beaucoup de choses, durant la dernière décennie, sur la liberté d’expression. Aujourd’hui, on verra qui étaient les tristes clowns du « on ne peut plus rien dire », et qui défendaient des principes sérieux. Le test, c’est NAZA. NAZA, c’est le documentaire coréalisé par les journalistes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, coproduit par The Guardian, et construit autour d’entrevues menées avec des militaires des Forces de défense israéliennes (IDF, ou Tsahal) ayant participé aux bombardements de Gaza depuis 2023. NAZA est un important test de liberté d’expression, parce que, dès sa première, en septembre, au Festival international du film de Venise, le documentaire a été attaqué. À la fin de cette première diffusion, les spectateurs se sont levés pour applaudir l’œuvre durant 25 minutes sans interruption — un record dans l’histoire du festival. Ces 25 minutes étaient 25 minutes de trop. Le premier ministre d’Israël, Benjamin Nétanyahou, en a d’emblée parlé comme une d’« incitation à l’antisémitisme mondial », qu’il a qualifié « d’intolérable ».

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Des nouvelles du front jeunesse

Je passais devant la franchise de sandwichs américains. La jaune et vert, là. Celle qui tapisse notre paysage et l’ensemble de nos villages et que l’on retrouve fidèlement dans tous les quartiers, comme une église. Il faisait noir, il pleuvait et je marchais vers le bar où je participais à une soirée d’humour. J’imaginais mon fils de 15 ans, tout frais, à peine catapulté dans la vie, entrer dans la sandwicherie éclairée aux néons. Les bacs de viandes froides, les pains manufacturés attendant leur tour, et mon fils avec son CV. Il se cherche une job. Une troisième. Il garde les fils de mes amis, il est porteur d’eau pour une équipe de football universitaire, mais il veut aussi faire quelques heures en plus. On l’encourage, c’est son initiative. Son père et moi, on a tout fait pour que nos enfants soient le plus autonomes possible. Qu’ils sachent laver une salle de bain et faire leurs lunchs, qu’ils soient capables d’appeler chez le médecin, imprimer un CV, apprendre par cœur un numéro d’assurance sociale. Ils sont encore jeunes, mais ils sont débrouillards. Parfois, je les trouve même trop indépendants.

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Juste une partie de football

Le 8 décembre 1980, les Patriots de la Nouvelle-Angleterre affrontaient les Dolphins à Miami. C’était un lundi soir. Il restait trois secondes à l’horloge et les Patriots, tirant de l’arrière 10-13, se préparaient à botter le placement égalisateur. C’est alors que le commentateur Howard Cosell interrompit la description du match pour prononcer ces mots : « We have to remember this is just a football game, no matter who wins or loses… » (« Il faut se rappeler que c’est juste une partie de football, peu importe qui gagne ou perd… »)Une remarque très peu « cosellienne », songea, à trois fuseaux horaires de là, l’écrivain Ken Kesey, auteur du célébré Vol au-dessus d’un nid de coucou. Kesey jetait un coup d’œil au match du lundi soir pendant qu’une paire de canards sauvages tirés par ses fils sur l’étang de la ferme familiale, en Oregon, mijotaient au four. Cosell annonça alors à l’Amérique que John Lennon venait d’être abattu, à Manhattan, de deux balles dans le dos. 1980 : un déséquilibré avait sonné la fin de l’ère psychédélique, comme le comprit intuitivement le héros d’Acid Test de Tom Wolfe. C’était avant les chaînes d’information en continu.

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La Basse-Ville de Québec gagne en hauteur

Après des décennies de surplace, le boulevard Wilfrid-Hamel, à Québec, a emprunté la voie rapide de la densification. Des bâtiments imposants ont surgi le long de cette artère reliant le Centre Vidéotron à l’aéroport Jean-Lesage. Une tour d’habitation de 40 étages est à l’étude. Si le projet va de l’avant, il s’agira de la plus haute tour de la capitale. Le paysage bigarré du boulevard Wilfrid-Hamel est typique des strips, ces rues principales nord-américaines avec leurs stations d’essence et leurs chaînes de restauration rapide. Un détaillant de stores verticaux y côtoie un minigolf, un bar laitier de style polynésien et… les bureaux du Parti libéral du Québec. Cet axe mal-aimé a été modelé par le flot automobile qui a déferlé sur la capitale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. « C’était l’époque où l’on entrait dans les villes par les anciens chemins de rang », observe le codirecteur général de l’organisme Vivre en ville, David Paradis. « On y construisait toutes sortes de commerces qu’on ne voulait pas au cœur des villes. » Ses demeures rurales du XVIIIe siècle sont disparues depuis longtemps.

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